
Pièces de cinq centimes de franc !
Tous les jours je prenais le car pour aller au collège qui se trouvait à sept kilomètres environ de mon village.
À cette époque, il y avait le chauffeur et le receveur qui donnait un ticket après le paiement de la course.
C'était l' année 63 , les nouveaux francs venaient d'arriver, les pièces étaient encore bien volumineuses.
Je ne me les rappelle pas toutes, mais celle que je n'ai jamais oublié sont les pièces de cinq centimes.
Elles étaient en acier ou en aluminium, le diamètre était bien de trois centimètres de diamètre.
Certain jour nous étions une dizaine à prendre ce car.
Comme il était rare qu'un contrôleur se montre à l'heure où nous étions dans le car, le receveur avait prit l'habitude de ne pas nous donner notre ticket, il restait près de nous pour le cas où il y aurait un contrôle.
Le prix étant de 55 centimes ça faisait une jolie somme à se mettre dans la poche tous les jours
même s'il partageait avec son collègue qui était de mèche.
Il avait un coup extraordinaire pour sortir les tickets de sa boite en un rien de temps. Il tournait sa manivelle à la vitesse grand V, les tickets sortaient attachés , ils étaient dans nos mains avant que le véhicule soit arrêté.
Parmi nous, une fille dont les parents avaient un bar, toutes les étrennes étaient pour elle, et, sa tire-lire était pleine de pièces de cinq centimes.
Nous nous mettons d'accord pour que le lendemain elle vienne avec cinquante cinq centimes en pièces de cinq centimes pour quatre ou cinq d'entre nous.
Nous avions onze pièces de cinq centimes chacune, je vous assure que nous les tenions à deux mains ( ce n'est pas le cas aujourd'hui, personnellement je les cherche toujours !)
Je vous laisse imaginer la tête de notre gentil receveur, il ne savait plus où mettre ses pièces, sa mimi sacoche était pleine et il n'avait pas le sourire.
Nous nous étions mortes de rire et fières de nous.
Nous avons renouvelé l'opération le lendemain et le surlendemain, jour où notre bonhomme c'est vraiment fâché...
Qu'importe nous avons recommencé une quatrième fois, mais ce soir là, le contrôleur est arrivé,
le chameau de receveur ne nous a pas donné nos tickets, nous avons eu droit à un sermon dont nous n'étions pas fière.
( on ne risquait pas de répondre à un adulte comme le font les jeunes aujourd'hui)
Demandant au receveur pourquoi nous n'avions pas nos tickets alors que nous disions avoir payé, il a eu le culot de dire que c'était pour nous punir de l'avoir embarrassé avec toutes nos pièces pendant plusieurs jours.
Nous n'avons pas osé dire que c'était parce qu'il ne nous donnait pas notre ticket que nous avions agi comme ça.
Mais à partir de ce jour-là, tous les soirs nous avions notre ticket.
Ce genre de procédé était courant dans toutes les compagnies, chauffeur et receveur se partageant la somme gagnée dans la journée.
Noémie